Édito n°6v2 #6

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Couverture et Illustrations signées
Chiara Mulas, Art Action

Édito du n°6 V2 avril 2026 de Claude Sicre

Appel à l’étude et à la réflexion !

Je vais d’emblée vous donner un humble avis. Humble en soi mais, sur le sujet ici traité, je le crois, particulièrement judicieux car fruit d’une longue expérience et de patientes études : CEUX QUI EMBRASSENT LA CARRIÈRE DE L’OCCITANISME SONT DES GENS QUI SENTENT, AVEC UNE INTUITION PIONNIÈRE, CE QUI FUT ET QUI RESTE LE PIRE DES MAUX AFFECTANT LA PENSÉE FRANÇAISE, ET CE QUI EN EST LE REMÈDE. Ils le savent assez pour s’engager dans cette carrière en faisant toutes sortes de choses. Bravo à eux !

Mais beaucoup se satisfont de cette intuition, légitimement pressés de passer à l’action. Et puis, on les comprend aussi, ils n’ont pas que ça à faire dans la vie. L’intuition les guide, l’action ne cesse de leur donner des exemples à méditer. Mais l’unitarisme français est si présent dans la tête de tous qu’il résiste à tout si on ne le saisit pas pour ce qu’il est. Aux questions qu’ils peuvent se poser les réponses toutes prêtes sont tellement nombreuses et tellement élaborées, tellement rodées dans les rodéos où elles eurent à maitriser tant de pur-sang et de cavales salvatges (c’est toute l’histoire de France, la centralisation et ses revers maladifs) que l’ordre existant dans ce domaine passe pour la nature des choses. Il passe même pour universel, on sait que la France est la championne du monde de l’universalisme (toutes les autres nations sont en retard sur elle, paraît-il). L’occitanisme tombe à l’envers dans ce panneau de l’universalisme : il y aurait un modèle universel de la liberté des langues et des cultures, et nombre de militants vont chercher ce combat ici ou là : niaguère (1) c’était dans les pays du tiers-monde et dans les luttes anti-coloniales, plus tard ce fut plus près, en Corse ou en en Catalogne ibérique. Se cachant ainsi le travail qu’il y avait à faire : comprendre l’extrême particularité de la situation occitane qui est à chercher dans l’extrême particularité de l’État-nation français.

Travail dont on ne peut se débarrasser avec quelques slogans. Parce que la situation de la langue/culture occitane aujourd’hui est le fruit des 1500 ans de la construction de la France, à laquelle chaque époque a porté ses propres complexités. Penser que l’on peut comprendre cette situation en n’étudiant pas en profondeur l’histoire de France, l’histoire de la pensée française en général et, en particulier, l’histoire de l’idée qu’elle s’est faite d’elle-même à travers les siècles, est un renoncement à cultiver ce trésor qu’est l’intuition première de l’occitanisme.

Le constat du renoncement à l’effort de l’étude est bien triste. D’autant que dans la déconfiture partout visible aujourd’hui de la pensée et de la culture françaises (philosophie politique, culture, arts, civique, vie quotidienne…), le trésor dont je parle est le Grazal contenant la panacée à cette déconfiture. Notre situation, qui paraît mauvaise à M. et Mme Pléthore, est à mon sens la pluss meilleure qui soit, dans les circonstances de la conjoncture actuelle. Encore faut-il que je ne sois pas seul à le saupre ! Besoin des idées de tous pour en profiter au mieux.

J’attends de pied ferme les commentaires, les contestations prigondas, les critiques virulentes ou les polémiques qu’on me cherchera, tel un vaillant guerrier tencooneur spartiate.

… Réponse & Note …

Franc Bardou
Le centralisme français n’est pas arrivé tout seul à partir de rien, mais il a jailli tel une source, du besoin inlassable de faire UN coûte que coûte à partir des multiples qui n’avaient, sans la France expansionniste, de compte à se rendre que pour le seul plaisir de le faire.
Le centralisme naît d’une soif de tout contrôler pour soi, par soi, malgré les autres, malgré l’altérité même, et donc contre elle. On peut retourner tous les livres d’histoire dans tous les sens, on retombera toujours sous cette sinistre équation : quand on reste debout sous la pluie battante d’un pouvoir qui n’a rien à foutre là, mais qui est là qu’on le veuille ou non, on rentre trempé, avec ou sans conscience, avec ou sans intuition. Et à supposer qu’on parvienne enfin à s’en mettre à l’abri, on ne se sèche pas d’une telle pluie sans y laisser des plumes…


(1) niaguère : la plupart des gens autour de moi (sauf les lettrés) entendent naguère comme un autre jadis ou un synonyme d’autrefois. En remettant le i étymologique, comme je le fais souvent, tout devient clair. Pas la première fois que le militant occitan rend service au français. C’est tous les jours, en réalité.

(2) Ce qu’il y a de bien avec la Linha Imaginòt, c’est qu’on ne me censure pas, contrairement à d’autres journals, revues, et blogs occitanos. D’ailleurs, bis repetita, la Linha Imaginòt n’a jamais censuré personne, a donné leur droit de réponse à tous ceusses qui étaient cités ou juste évoqués, c’est son honneur. Occitan. Ceux qui censurent, tronquent, déforment, cachent les propos de leurs contradicteurs, ou de leurs adversaires, montrent par là la piètre idée qu’ils ont de leurs propres arguments. Sont des TRAÎTRES à notre cause, et les historiens le diront.


Bibliographie et emploi d’icelle : lire Tocqueville (L’Ancien Régime et la Révolution), pour comprendre le mécanisme de la centralisation administrative et politique. D’autres auteurs en ont traité mais après lui, et jamais de façon aussi claire. Si vous avez le temps, lire du même auteur De la démocratie en Amérique pour comprendre d’où il est parti. Puis lire Laffont et Castan (au moins trois ou quatre des œuvres les plus politiques, toujours dans la culture, de ces auteurs). Cela fait, lire toutes les prises de position de Mistral en matière de philosophie de politique culturelle. Puis relire L’Ancien Régime et la Révolution. Puis H. Meschonnic, qui, dans De la langue française : essai sur une clarté obscure, Paris : Hachette, 1997, vous donnera les meilleurs arguments du monde pour la critique des mythes du français, bien pus élaborés que ceux de l’occitanisme. Ouf ! Certes c’est du travail. Mais pas si difficile qu’on dit. La preuve j’y suis arrivé. Et vous aurez alors TOUTE la substruction, l’assiette, l’enbasement de la pensée occitaniste à forger pour aujourd’hui. Et le temps que vous passerez à ça, vous le regagnerez au centuple en vous évitant bien des discours abstrus et en allant droit au but dans l’action.


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